Je suis de celles et ceux (certainement rares) à avoir commencé à m’imprégner de l’univers hitchcockien ailleurs que dans ses films. Et je trouve que c’est ce qui rend le mieux compte de toute la profondeur de son univers, justement.
Par les livres, tout d’abord. Avec la passionnante série des Trois Jeunes Détectives (faussement signée par Alfred Hitchcock car ce n’en était pas l’auteur…). Via les livres de la Britannique Daphné du Maurier, dont il s’est largement inspiré pour réaliser certains de ces films (L’Auberge de la Jamaïque, Rebecca, Les Oiseaux…).
C’était jusqu’au jour où, par une nuit d’oisiveté, mes oreilles sont tombées sur la retransmission à la radio des interviews d’Alfred Hitchcock par François Truffaut. Interviews qui, datant de 1962 et s’échelonnant dans leur globalité sur 52 heures, ont donné naissance au fameux livre « Hitchcock / Truffaut » (1966).
Analyse tout en subtilité des choix hitchcockiens, de la mise en scène, des personnages… François Truffaut incite Alfred Hitchcock à revenir lui-même son travail, film après film, et à le décrypter.
L’échange entre les deux hommes est si prolixe qu’il en devient envoûtant : les deux cinéastes se renvoient la balle en anglais pour l’un et en français pour l’autre, par l’intermédiaire de la traductrice Helen Scott qui entre elle-même peu à peu dans le jeu. Hitchcock en vient même jusqu’à donner à Truffaut des idées de mise en scène et de réalisation pour ses films passés (Les 400 Coups, 1959) ou à venir (La Nuit Américaine, 1973).
Truffaut met la truffe dans toutes les magouilles hitchcockiennes pour mieux les disséquer. Le mystérieux profil de « Monsieur Hitchcock » se désépaissit.
Au travers de la voix grave et rocailleuse d’Hitchcock résonne mieux toute l’intensité de son personnage, et de son œuvre.
« Dans 9 films sur 10, ou dans 40 sur 50, vous avez montré des personnages entre qui se crée un fossé, parce qu’ils avaient un secret qu’ils s’obstinaient à ne pas se révéler l’un à l’autre. L’ambiance était de plus en plus oppressante jusqu’à ce qu’ils se décident à s’expliquer, ce qui leur permettait de se libérer. Vous reconnaissez vos films ?
- Yes, it’s true.
- C’est-à-dire que finalement, vous vous êtes surtout intéressé à vous abriter derrière une histoire de caractère policier à filmer des dilemmes moraux.
- Sure, that’s right.
- Ce sera ma conclusion. »
C’est comme « a cookbook full of recipes for making films » (un livre de cuisine plein de recettes pour faire des films) – dit François Truffaut en rendant hommage à Hitchcock, plusieurs années plus tard.
A écouter la nuit, dans son lit, les lumières éteintes : trombonheur.free.fr/Hitchcock-Truffaut/.



