“Tu me vends pas du rêve, là.”
La réplique est cinglante. Rampante, on l’entend maintenant partout. De quoi me sidérer. Toujours.
Et toi, qu’en dis-tu ? Toi qui, enfant, voulais devenir magicien ou “créatrice de rêves”. Toi qui as cherché du rêve toute ta vie. Par tes propres moyens. Comme les chercheurs d’or lors de la Grande Ruée. En quête de poussières d’étoile imaginaires. Et maintenant, tu apprends que le rêve se vend ? Mal, en plus !
Qu’en dis-tu ?
La quête du rêve, n’est-ce pas là le rêve lui-même ? Car le rêve ne se donne pas, ne se vend pas, ne se vole pas. Non ? Tout au mieux, il se transmet. Tout au pire, il se perd. Ou encore, l’on se perd dans ses rêves. Ou encore encore, l’on perd pied dans la réalité. “Tchouang-tseu rêve qu’il est un papillon, mais n’est-ce point le papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu ?”
Le rêveur, c’est celui qui a “le front dans les nuages”. Un enchanteur qui se laisse enchanter avec enchantement. Le rêveur, c’est celui qui dore sa réalité, pour que ne dorment pas seuls ses rêves. Le rêveur, c’est celui qui se délecte avec délices du suc de ses songes. Le rêveur vit dans des mondes parallèles qui se (re)créent en permanence. Le rêveur pioche dans le cru du vrai des inspirations toutes bouillantes pour étayer ses contemplations.
Le rêveur rêve. Par lui-même et pour lui-même. Il ne brade pas. Il ne troque pas. Il ne marchande pas. Le rêveur est. Et il est à l’ouest.
Mais aujourd’hui, où situer les vrais rêveurs sur une mappemonde ? Est-ce possible ? Survivent-ils ?
Ne serions-nous pas tous atteints du syndrome du “commis voyageur” ? Ce père de famille mis en scène par Arthur Miller, rompu par la société de consommation de l’Amérique des années 40 et qui, dilué dans ses rêves qui ont tous bavé, perd dramatiquement le fil de tout ?
Ne serions-nous pas dans une crise du rêve ? Faut l’avouer : ils sont tombés bien bas, nos rêves. Et nous sommes las de devoir encore nous plier pour les ramasser. Tout le monde les piétine. Et il y a désormais pénurie.
Mais heureusement, je te l’annonce, et tu acquiesceras : le rêve ne se vend pas. Ce n’est pas une denrée marchande. C’est une volonté. Et comme toute volonté, il ne tient qu’à toi de retrouver foi pour lui redonner matière.
Si le rêve se vendait, nous serions tous définitivement dépouillés. Car il paraîtrait que “nous sommes faits de la même étoffe que les songes.”
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Références : Les Fleurs Bleues, Raymond Queneau ; Le Front dans les nuages, Henri Troyat ; Mort d’un commis voyageur, Arthur Miller ; La Tempête, Shakespeare
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« Il n’y a pas de plus grande émotion que d’entrer dans le désert. » (Le Clézio, Gens des nuages)















