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A vendre : rêve

Dans Magouille le 6 décembre 2010 à 13:10

Tu me vends pas du rêve, là.”

La réplique est cinglante. Rampante, on l’entend maintenant partout. De quoi me sidérer. Toujours.

Et toi, qu’en dis-tu ? Toi qui, enfant, voulais devenir magicien ou “créatrice de rêves”. Toi qui as cherché du rêve toute ta vie. Par tes propres moyens. Comme les chercheurs d’or lors de la Grande Ruée. En quête de poussières d’étoile imaginaires. Et maintenant, tu apprends que le rêve se vend ? Mal, en plus !

Qu’en dis-tu ?

La quête du rêve, n’est-ce pas là le rêve lui-même ? Car le rêve ne se donne pas, ne se vend pas, ne se vole pas. Non ? Tout au mieux, il se transmet. Tout au pire, il se perd. Ou encore, l’on se perd dans ses rêves. Ou encore encore, l’on perd pied dans la réalité. “Tchouang-tseu rêve qu’il est un papillon, mais n’est-ce point le papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu ?”

Le rêveur, c’est celui qui a “le front dans les nuages”. Un enchanteur qui se laisse enchanter avec enchantement. Le rêveur, c’est celui qui dore sa réalité, pour que ne dorment pas seuls ses rêves. Le rêveur, c’est celui qui se délecte avec délices du suc de ses songes. Le rêveur vit dans des mondes parallèles qui se (re)créent en permanence. Le rêveur pioche dans le cru du vrai des inspirations toutes bouillantes pour étayer ses contemplations.

Le rêveur rêve. Par lui-même et pour lui-même. Il ne brade pas. Il ne troque pas. Il ne marchande pas. Le rêveur est. Et il est à l’ouest.

Mais aujourd’hui, où situer les vrais rêveurs sur une mappemonde ? Est-ce possible ? Survivent-ils ?

Ne serions-nous pas tous atteints du syndrome du “commis voyageur” ? Ce père de famille mis en scène par Arthur Miller, rompu par la société de consommation de l’Amérique des années 40 et qui, dilué dans ses rêves qui ont tous bavé, perd dramatiquement le fil de tout ?

Ne serions-nous pas dans une crise du rêve ? Faut l’avouer : ils sont tombés bien bas, nos rêves. Et nous sommes las de devoir encore nous plier pour les ramasser. Tout le monde les piétine. Et il y a désormais pénurie.

Mais heureusement, je te l’annonce, et tu acquiesceras : le rêve ne se vend pas. Ce n’est pas une denrée marchande. C’est une volonté. Et comme toute volonté, il ne tient qu’à toi de retrouver foi pour lui redonner matière.

Si le rêve se vendait, nous serions tous définitivement dépouillés. Car il paraîtrait que “nous sommes faits de la même étoffe que les songes.”

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Références : Les Fleurs Bleues, Raymond Queneau ; Le Front dans les nuages, Henri Troyat ; Mort d’un commis voyageur, Arthur Miller ; La Tempête, Shakespeare

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Carnet de désert

Dans Magouille le 29 mars 2010 à 18:52

« Il n'y a pas de plus grande émotion que d'entrer dans le désert. » (J.M.G. Le Clézio, Gens des nuages)« Il n’y a pas de plus grande émotion que d’entrer dans le désert. » (Le Clézio, Gens des nuages)

« Peut-être Dieu a-t-il créé le désert pour que l’homme puisse se réjouir à la vue des palmiers. » (Paulo Coelho, L’Alchimiste)

« Ce qui embellit le désert c’est qu’il cache un puits quelque part… » (Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince)

« La pensée doit commencer par un refus de la vie. La première pensée claire, c’est la pensée du néant. » (Gaston Bachelard)

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« Je voudrais te dessiner dans un désertLe désert de mon coeur »

(Emilie Simon)

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« L’expérience du désert est à la fois celle du lieu de la parole où elle est souverainement parole et celle du non-lieu où elle se perd à l’infini. De sorte que nous ne savons jamais si c’est au moment où elle surgit que nous la captons ou bien au moment où, avec une incroyable lenteur, elle s’évanouit : le moment éblouissant de son surgissement ou celui de son insensible évanouissement. » (Edmond Jabès, La double dépendance du dit)

« Tout s’enfuit, les hommes, les saisons, les nuages ; et il est inutile de s’agripper aux pierres, de se cramponner au sommet d’un quelconque rocher, les doigts fatigués se desserrent, les bras retombent inertes, on est toujours entrainé par ce fleuve qui semble lent, mais qui ne s’arrête jamais. » (Dino Buzzati, Le Désert des Tartares)

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« Le marchand de sable est passé. »

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« Le Sahara est le lieu de tourbillons puissants qui envoient dans l’atmosphère 2 milliards de tonnes de poussières par an. Ces poussières, sans qu’on en connaisse le mécanisme exact, ont une influence sur le climat. » (Planetoscope)

« Ce bain violent de soleil et de vent épuisait toutes mes forces de vie. A peine en moi ce battement d’ailes qui affleure, cette vie qui se plaint, cette faible révolte de l’esprit. Et jamais je n’ai senti, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde. Il est des lieux où meurt l’esprit pour que naisse une vérité qui est sa négation même. » (Albert Camus, Noces)

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« Mektoub ‘ala ermal »C’est écrit sur le sable

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« La mort est le prolongement horizontal d’un rêve factice, la vie n’étant pas vérifiable. » (Francis Picabia, Thalassa dans le désert)

«Nous désirons tous ouvrir le cercle de la pensée pour arrêter sa ronde stérile.» (Théodore Monod)

« Nous ne sommes que des grains de sable mais nous sommes ensemble. » (Bernard Weber, Les Thanatonautes)

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« Une poétique nomade qui prône le déplacement perpétuel, où tout séjour est provisoire, où la trace la plus ténue devient signe, où l’inscription est si vite soumise à l’effacement, où le présent est toujours passé… une traversée des durées, des langues, des cultures, des croyances. » (Abdelwahab Meddeb)

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« Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton. » (Gaston Bachelard, L’Air et les songes)

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Carnet de Désert — Magouille

Maroc, mars 2010

Etapes-villes : Ouarzazate, Zagora, Oulad Driss, M’Hamid

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