En tout bon sens, Gertrude déclare dans la folie des années 20 : « Vous êtes tous une génération perdue ».
Cette Gertrude, ce n’est pas n’importe quelle Gertrude. C’est Gertrude Stein. Et quoique fort peu connue aujourd’hui, elle est à la vie artistique du début du XXème siècle ce que la levure est à la brioche.
Chaperonne d’artistes tels qu’Hemingway ou Picasso, elle a participé à la fermentation de nombreux mouvements artistiques d’avant-garde.
Hemingway, qui fait l’expérience de la vie de bohème parisienne de 1921 à 1926, en plein cœur du Quartier Latin, relate notamment leur rencontre dans son livre autobiographique « Paris est une fête ».
On est en plein dans l’effervescence artistique et culturelle de cette période, placée entre la turbulence de deux guerres dévastatrices, juste quelques temps avant la plus importante crise économique et financière du 20ème siècle.
Et Gertrude dit : « Vous autres, jeunes gens qui avaient fait la guerre, vous êtes tous une génération perdue (…) Vous ne respectez rien, vous vous tuez à boire (…) Vous êtes tous une génération perdue ». Elle désigne là les jeunes écrivains américains qui ont fait leurs armes dans une société pleine de contradictions et de mutations, écartelée entre faste et méfaits, à l’issue de la première guerre mondiale : Fitzgerald, Hemingway, Steinbeck…
Gertrude est bel et bien la digne observatrice d’un mouvement unique. Ne peut-on pas, à travers l’Histoire, la faire bégayer ?
N’appartenons-nous tous pas à une génération perdue ?
Sans frôler tout défaitisme, n’est-ce pas le propre de la jeunesse que de se brûler toujours un peu les ailes face à un monde en permanente turpitude et désenchanté ?
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