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Crois-je ?

Dans Magouille le 8 février 2012 à 22:42

Parfois, je dois l’avouer. Je sous-ris.

Le monde est si désespérant qu’il en devient drôle. Ou l’inverse.

Perception ou réalité ? Bien sûr, selon qu’on est utopiste ou cynique, la réponse variera. Parfois, il suffit que nos propres convictions vacillent, et la réponse se veut moins sûre. “En quoi croire ? Et pourquoi ?”

On cherche la réponse ailleurs. Chez les sages.

On chasse les “sachants”. Le doigt tombe alors sur la tranche d’un livre qui a vécu, écrit par quelqu’un qui a vu : Ce que je crois, d’André Maurois.

On lit et il nous dit :

Le monde extérieur est amoral, mais rien n’empêche l’homme de créer son monde et d’y observer les règles qui lui donneront la paix du cœur et le sentiment de sa dignité, par un accord permanent avec lui-même et avec les autres hommes qu’il estime. (…) L’effort de l’homme pour créer son monde, sûr et stable, au milieu de tant d’orages aveugles, est beau. Il réussit quelquefois, pour un temps ; il échoue plus souvent. (…) L’art est un effort pour créer, à côté du monde réel, un monde plus humain. (…) Je crois qu’un artiste, en créant un monde neuf, sauve à la fois lui-même et les autres.

Leçon du soir, donc : créer offre matière à croire. En voilà, un espoir !

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Des personnages de roman libres ?

Dans Magouille le 11 décembre 2011 à 22:32

Il est un point de la critique littéraire qui me méduse : Sartre s’attaquant à Mauriac en 1939, pour avoir abusé de “son autorité de créateur”.

Chef d’accusation : narrateur trop interventionniste, Mauriac ne laisserait pas de liberté à ses personnages, usant de son “omniscience” comme s’il était Dieu. Thérèse Desqueyroux, notamment, aurait été une victime chosifiée par Mauriac, n’ayant pu choisir son destin. Pauvre Thérèse…

Dieu n’est pas un artiste, M. Mauriac non plus“, assène Sartre.

Soit.

Pertinence de la critique ? Ou simple… impertinence de Sartre ? Quoi qu’il en soit, Mauriac prendra acte du jugement dans l’écriture de ses romans suivants.

Mauriac, c’était pas forcément un drôle. On le sait. Les naufrages, les descentes en abîme, les écroulements de château de cartes… Beaucoup d’écrits tragiques, sur des destinées compromises. Avec une vision sévère mais juste du microcosme bourgeois bordelais. Plus que de noircir inutilement le tableau, son quasi-fatalisme avait le mérite de mettre en lumière des zones d’ombre de la société de son époque et de soulever de réelles questions sur la condition humaine.

Dans Les Chemins de la Mer (1939), il dit :

La vie de la plupart des hommes est un chemin mort et ne mène à rien. Mais d’autres savent, dès l’enfance, qu’ils vont vers une mer inconnue. Déjà l’amertume du vent les étonne, déjà le goût du sel est sur leurs lèvres – jusqu’à ce que, la dernière dune franchie, cette passion infinie les soufflette de sable et d’écume. Il leur reste de s’y abîmer ou de revenir sur leur pas“.

Petits ou adultes, on a forcément tous rêvé au moins une fois que les héros de nos romans favoris prennent vie (vous vous souvenez de L’Histoire sans fin ? :) ). Le romancier, encore plus que le lecteur, vit avec ses personnages au moment de l’écriture. Mais peut-on dire que l’écrivain doit veiller à ce que ses personnages soient des êtres libres et autonomes ?

Il s’agit là d’un parti-pris farfelu du philosophe existentialiste pour qui l’homme était “condamné à être libre”. Forcément, le romancier conduit et influence ses personnages selon ses propres schémas  (origines, croyances, réflexions…). Le romancier lui-même n’est pas réellement libre dans son écriture. Du moins, il peut se libérer de ses contraintes ou frustrations au travers de ses personnages.

Mais si je suis trop déterministe, M. Sartre… que je devienne personnage de roman pour être plus que jamais libre !

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Mise à terre

Dans Magouille le 22 mai 2011 à 17:29

C’est un air qui trébuche.

L’air tombe, s’abat. Elle l’attire à elle et l’enterre. Matière absorbante.

T(air). Elle respire et digère.

La terre. Noire. Et lourde.

Prison brute de nos legs ancestraux, mais terreau fertile de notre futur. A la fois si riche et si pesante.

On enfouit. On ne sait ce qui rejaillit. Elle confine notre croissance et consacre notre impuissance.

Elle porte les songes. Et les pourrit. Elle fait éclore, croître l’idéal bucolique. Et dans le même temps, se fait étau de l’enracinement, siège du piège.

On lui livre nos plus magnifiques boîtes à secrets, comme nos plus gênants jougs. Elle nous arrange et nous dérange. On la foule. On la fuit. Mais on ne peut la défier.

Ainsi pèse sa loi.

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