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Des personnages de roman libres ?

Dans Magouille le 11 décembre 2011 à 22:32

Il est un point de la critique littéraire qui me méduse : Sartre s’attaquant à Mauriac en 1939, pour avoir abusé de “son autorité de créateur”.

Chef d’accusation : narrateur trop interventionniste, Mauriac ne laisserait pas de liberté à ses personnages, usant de son “omniscience” comme s’il était Dieu. Thérèse Desqueyroux, notamment, aurait été une victime chosifiée par Mauriac, n’ayant pu choisir son destin. Pauvre Thérèse…

Dieu n’est pas un artiste, M. Mauriac non plus“, assène Sartre.

Soit.

Pertinence de la critique ? Ou simple… impertinence de Sartre ? Quoi qu’il en soit, Mauriac prendra acte du jugement dans l’écriture de ses romans suivants.

Mauriac, c’était pas forcément un drôle. On le sait. Les naufrages, les descentes en abîme, les écroulements de château de cartes… Beaucoup d’écrits tragiques, sur des destinées compromises. Avec une vision sévère mais juste du microcosme bourgeois bordelais. Plus que de noircir inutilement le tableau, son quasi-fatalisme avait le mérite de mettre en lumière des zones d’ombre de la société de son époque et de soulever de réelles questions sur la condition humaine.

Dans Les Chemins de la Mer (1939), il dit :

La vie de la plupart des hommes est un chemin mort et ne mène à rien. Mais d’autres savent, dès l’enfance, qu’ils vont vers une mer inconnue. Déjà l’amertume du vent les étonne, déjà le goût du sel est sur leurs lèvres – jusqu’à ce que, la dernière dune franchie, cette passion infinie les soufflette de sable et d’écume. Il leur reste de s’y abîmer ou de revenir sur leur pas“.

Petits ou adultes, on a forcément tous rêvé au moins une fois que les héros de nos romans favoris prennent vie (vous vous souvenez de L’Histoire sans fin ? :) ). Le romancier, encore plus que le lecteur, vit avec ses personnages au moment de l’écriture. Mais peut-on dire que l’écrivain doit veiller à ce que ses personnages soient des êtres libres et autonomes ?

Il s’agit là d’un parti-pris farfelu du philosophe existentialiste pour qui l’homme était “condamné à être libre”. Forcément, le romancier conduit et influence ses personnages selon ses propres schémas  (origines, croyances, réflexions…). Le romancier lui-même n’est pas réellement libre dans son écriture. Du moins, il peut se libérer de ses contraintes ou frustrations au travers de ses personnages.

Mais si je suis trop déterministe, M. Sartre… que je devienne personnage de roman pour être plus que jamais libre !

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Gertrude et la génération perdue

Dans Magouille le 13 mars 2011 à 19:35

Gertrude Stein - peinte par Picasso

En tout bon sens, Gertrude déclare dans la folie des années 20 : « Vous êtes tous une génération perdue ».

Cette Gertrude, ce n’est pas n’importe quelle Gertrude. C’est Gertrude Stein. Et quoique fort peu connue aujourd’hui, elle est à la vie artistique du début du XXème siècle ce que la levure est à la brioche.

Chaperonne d’artistes tels qu’Hemingway ou Picasso, elle a participé à la fermentation de nombreux mouvements artistiques d’avant-garde.

Hemingway, qui fait l’expérience de la vie de bohème parisienne de 1921 à 1926, en plein cœur du Quartier Latin, relate notamment leur rencontre dans son livre autobiographique « Paris est une fête ».

On est en plein dans l’effervescence artistique et culturelle de cette période, placée entre la turbulence de deux guerres dévastatrices, juste quelques temps avant la plus importante crise économique et financière du 20ème siècle.

Et Gertrude dit : « Vous autres, jeunes gens qui avaient fait la guerre, vous êtes tous une génération perdue (…) Vous ne respectez rien, vous vous tuez à boire (…) Vous êtes tous une génération perdue ». Elle désigne là les jeunes écrivains américains qui ont fait leurs armes dans une société pleine de contradictions et de mutations, écartelée entre faste et méfaits, à l’issue de la première guerre mondiale : Fitzgerald, Hemingway, Steinbeck…

Gertrude est bel et bien la digne observatrice d’un mouvement unique. Ne peut-on pas, à travers l’Histoire, la faire bégayer ?

N’appartenons-nous tous pas à une génération perdue ?

Sans frôler tout défaitisme, n’est-ce pas le propre de la jeunesse que de se brûler toujours un peu les ailes face à un monde en permanente turpitude et désenchanté ?

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