Au Mexique, le Jour des Morts (“el Día de los Muertos”, du 1er au 2 novembre) se fête de manière chamarrée et marrante. Les vivants décorent et illuminent les tombes de leurs défunts. Ils passent les chansons préférées de leurs parents de l’au-delà, et leur apportent offrandes en tout genre : des bonbons à la tequila. Même pas peur de la mort ! Faut se régaler !
Cet us et coutume remet bien en question la façon dont nous, ici, nous nous usons sous le joug régalien de coutumes bien moins festives.
Contrôle, auto-contrôle, rétro-contrôle, rétro-analyse, prévision, anticipation, adaptation, application, maîtrise, conformation. Le produit est beau et lisse ? Etanchement bien préservé dans son emballage plastique ? De longue conservation grâce à des adjuvants synthétiques ? C’est bien. Validation, normalisation, homologation. C’est bien comme ça. Faut surtout plus changer. Ne rien transformer. Ne rien transgresser.
Le cliché est facile. Mais c’est tout de même marquant de voir comme l’on se croise, on se recroise, on se toise, sans surtout pas trop s’entrecroiser dans les métros parisiens. Des quinconces de momies quelconques qui s’ignorent. Tout est javellisé, stérilisé. Comme s’il y avait eu un jour une explosion atomique ayant irradié toutes nos richesses intérieures. Conformation.
De maigrelettes vigueurs inorganisées veulent parfois sourdre du fin fond de nous-mêmes. Mais faut maîtriser. Respecter la marge et bien revenir à la ligne si l’on ne veut pas d’annotations en rouge. Le “trop” n’est accepté que quand il est affichage, légal, réglementaire. Mais, en action, il est loin d’être acté. Faut surtout pas de faux pas sur le vil fil. Entre les extrêmes qui fauchent, l’esprit vacille, puis va vers le faux.
Ne pas trop déranger, ne pas trop exagérer, ne pas trop angoisser, ne pas trop pleurer, ne pas trop rire, ne pas trop penser, ne pas trop aimer. En posture d’équilibriste, nos membres s’engourdissent. Pour mieux résister, l’on se porte à l’anesthésie. Le masque fige le visage. La carapace fige le corps. La conformation est faite. Harakiri.
Mais une nouvelle ère peut s’ouvrir.
Et pour cela, la résolution doit être ferme. Il faut décréter l’An Esthésie. C’est l’antidote nécessaire : inscrire à l’almanach l’esthésie, cette capacité à faire jouer ses sens, jouir de sa sensibilité, vivre ses émotions, voir le réel et admirer l’invisible.
Retrouver le rêve, la magie et l’imagination.
Nous re-router hors routine.
Recolorier nos crânes vides.
Rêvasser pour, surtout, pas crevasser.
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