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Réhabilitons la Cherry Merry Muffin Frankenstein

Dans Magouille le 26 janvier 2010 à 02:52

Je dégustais une compote de pommes composées quand – le goût de la vanille ajoutée à ma popote émoustillant mes papilles – un souvenir à la saveur madelo-proustienne me vint tout à coup aux babines.

Celle de la boîte en fer. Un peu rouillée, un peu déglinguée. Avec, sur le dessus faussement émaillé, des dessins de petites filles modèles tout de rose “Belle Epoque” vêtues.

Cette boîte en fer, c’était le tonneau des Danaïdes de mon imagination d’antan – mieux que le sabre-poupée de Cosette ! Plus j’y empilais les trésors et les secrets, plus j’y trouvais de place pour en enfouir de nouveaux. Plus je rêvais, et plus je rêvais. Comme l’univers roule vers l’infini.

Mes parents avaient si bien réussi mon élevage éducation que je savais déjà qu’il est normal de vouloir brouter une herbe qui est toujours plus verte ailleurs mettre mon désœuvrement au service de ma méga-inspiration, giga-imagination et tera-inventivité. Bien-sûr.

Pendant que certaines jouaient à Mademoiselle Parfum (c’était une horreur comme ça puait ce truc !), j’avais improvisé un mini-labo de chimiste d’enfer dans ma boîte en fer. Pour récréer une Cherry Merry Muffin.

La Cherry Merry Muffin - nom complexe que savait pourtant bien piailler aux oreilles de ses parents toute petite fille non-anglophone à force de matraquage publicitaire intensif entre tous les dessins animés du club Dorothée dans les années 80/90′s – c’était une poupée Mattel démentielle qui sentait BOOON la vanille et qui cuisinait à merveille des muffins, qui paraissaient TELLEMENT MOELLEUX (quand bien même ils étaient en plastique). Et même que les Cherry Merry Muffins, elles avaient des ustensiles de cuisine magiques, souriants, gentils et te tendant les bras avec une dévotion si grande que, 20 ans plus tard, tu te demandes toujours pourquoi la râpe à fromage et le moulin à poivre ont l’air si méchants.

Bref, je n’ai jamais eu de Cherry Merry Muffin.

On ne reviendra pas sur le fait que – pas encore remise de ce traumatisme à la puberté – j’avais, adolescente, pris pour confidente intime des pages de mon journal intime une certaine “chère Merry”, et que j’avais pris pour habitude de m’empiffrer de muffins au chocolat en buvant du Cherry Coke. Pur hasard. Passons.

Donc, je n’ai jamais eu de Cherry Merry Muffin. Mais j’en voulais une. Comme les autres petites filles.

Alors, transformant ma frustration en ingéniosité fulgurante, j’avais entrepris de Franskenstein-créer une Cherry Merry Muffin en prenant en otage une poupée moche qui ne servait à rien et en l’enfermant pendant des jours et des jours dans la boîte en fer dans laquelle j’avais déversé un sachet de sucre vanillé piqué à ma maman. Grâce à la boîte en fer, la magie opérait… Ma “Cherry Merry Muffin Frankenstein” sentait la vanille comme une vraie. Je sais. Ingénieux ! (En vrai, bizarrement, la poupée moche n’a jamais senti la Cherry Merry Muffin.)

Au bout d’un moment, j’ai grandi. Et je n’ai plus voulu de Cherry Merry Muffin. Et je n’ai tellement plus voulu de Cherry Merry Muffin que pour moi la “Cherry Merry Muffin Frankenstein” n’était vraiment plus devenue qu’un spectre débile traînassant dans la poudre sirupeuse d’une boîte froide et grinçante.

J’ai grandi. J’ai appris à gérer mes frustrations. A neutraliser mes sentiments. A calmer les turbines de mon cerveau. Si bien que j’en ai oublié la transformation positive que peut opérer toutefois une chose à la fois invisible et infinie : l’imagination.

Mais aujourd’hui, je milite pour une réhabilitation de la Cherry Merry Muffin Frankenstein.

Imagination, je veux enfin redire ton nom.

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