J’aime beaucoup aller au ciné. Mais je n’y vais guère plus. Vous trouvez que c’est drôle d’aller au ciné, vous, aujourd’hui ? Moi non.
Les poissons dopés aux antidépresseurs et aux anxiolytiques dans les rivières, je trouve que les cinéastes ne s’en préoccupent pas beaucoup. Fort dommage.
Pour les poissons, et pour nous.
Aujourd’hui, si vous décidez d’aller au ciné pour jouir d’un moment de légèreté et de distraction qui vous aiderait à buller dans la vie comme un poisson dans un lac, et bien vous pouvez vous brosser les écailles ! A l’affiche souvent peu de films de la sorte – mises à part les comédies naïves et irritantes qui vous font encore plus regretter d’être d’humeur triste et en demande d’histoires câlines… La tristesse abêtit.
Dimanche, une amie me dit : ciné ? Je réponds par l’affirmative.
Direction : Gaumont Opéra, pour voir « Julie & Julia », film réalisé par Nora Ephron, et avec Amy Adams et Meryl Strip qui – pour changer – joue la gentille !
Gourde que je suis, je sens le film bidon, mais y cours quand même.
Parmi les fauteuils rouges, que des perruques grises qui dépassent. On se croirait dans un carnaval vénitien. Sauf que, manifestement, le potentiel vendangeur masqué qui pourrait se dévoiler à moi se déguise encore à ma vue, car là, je ne vois vraiment autour de moi que des gens bénéficiant du tarif senior.
Mauvais cru ou séance « cure de Jouvence » ? Le désespoir ne conduit pas aux sources d’espoir les plus évidentes…
Le film commence.
Deux « histoires vraies » entrelacées.

"My life in France", biographie de Julia Child, écrite par Julia Child, avec Alex Prud'homme (Knopf, 2006)
D’un côté, celle de Julia Child, une Américaine qui, découvrant Paris, se prend de passion pour la cuisine française et l’importe aux Etats-Unis via son livre « Mastering the Art of the French Cooking » (1961). Ce personnage cocasse, Meryl Strip s’en empare très bien en l’habillant d’allures comico-extravagantes.
De l’autre, celle de Julie Powell qui, parce qu’elle manque de challenges au quotidien, se fixe un objectif « délirant » (!) : celui de réaliser en 365 jours les 524 recettes du fameux bouquin de cuisine du Chef Julia Child, et de raconter ses expériences sur son blog, aujourd’hui toujours en ligne.
La recette prend plutôt bien grâce à Meryl Streep qui n’a pas cherché à cosmétiser son personnage, et s’essaye à calquer avec fidélité l’identité de Julia Child. Le couple passionné et construit qu’elle forme à l’écran avec Stanley Tucci, qui joue son mari Paul, est étonnant et intéressant. Deux grands enfants qui se complètent dans leur amour lui-même complet !
On sourit et on s’ennuie. Le tout est léger comme un blanc d’œuf monté en neige, et long comme la cuisson d’un poulet fermier…
Quand on sort, on a la coquinerie d’avoir volé dans la bonbonnière de sa grand-mère une sucrerie amollissant le neurone. C’est sympa, mais ça a un drôle de goût quand même…


