Magouille

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Melancholia

Dans Magouille le 25 janvier 2012 à 00:44

Enfin ! Il m’est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres !

Le Spleen de Paris, Charles Baudelaire (1864)

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Film du suédois Lars Von Trier (2011), Melancholia dépeint la plongée dans un mutisme mélancolique de Justine, jeune femme qui jette aux oubliettes mariage et boulot, alors que guette autour de la planète une énigmatique étoile rouge.

Entre onirisme et surréalisme, l’histoire se dédouble en deux volets. L’un consacré à Justine (Kristen Dunst) et à son mariage funeste. L’autre à Claire (Charlotte Gainsbourg), sa soeur à la personnalité raisonnée et nettement moins lunaire, mais qui se déboussolera tout autant face à l’imminence de l’Apocalypse.

Le tempo lent n’embarque pas naturellement dans l’univers introverti et diffus que construit Lars Von Trier. Les divagations “caméra à l’épaule” et les dialogues décousus (pour ne pas dire ses longueurs) sont certes des partis pris pour exprimer l’état dépressif de l’héroïne. Mais il faut vraiment faire l’effort de se mettre en disposition pour “rentrer” dans le film. Heureusement, l’intrigue pesante et les effusions esthétiques sont là pour séduire. Et la toile se laisse plus volontiers apprécier une fois finie, quand l’heure vient au décorticage de ses significations et symboles.

A lire, avant et/ou après visionnage : une analyse intéressante du “sens caché de Melancholia” sur le blog Equinox, mais aussi les critiques du Monde et des Inrocks.

Et s’il n’y avait qu’un seul passage à (re)garder, ce serait bien celui de la (longuette) introduction, série de “tableaux” sur le prélude de Tristan et Iseult de Wagner :

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Mettez la truffe dans les magouilles hitchcockiennes

Dans Magouille le 5 octobre 2009 à 23:28
Marion Cotillard photographiée par Mark Seliger pour Vanity Fair (Psycho, 1960).

Marion Cotillard photographiée par Mark Seliger pour Vanity Fair (Psycho, 1960).

Je suis de celles et ceux (certainement rares) à avoir commencé à m’imprégner de l’univers hitchcockien ailleurs que dans ses films. Et je trouve que c’est ce qui rend le mieux compte de toute la profondeur de son univers, justement.

Par les livres, tout d’abord. Avec la passionnante série des Trois Jeunes Détectives (faussement signée par Alfred Hitchcock car ce n’en était pas l’auteur…). Via les livres de la Britannique Daphné du Maurier, dont il s’est largement inspiré pour réaliser certains de ces films (L’Auberge de la Jamaïque, Rebecca, Les Oiseaux…).

C’était jusqu’au jour où, par une nuit d’oisiveté, mes oreilles sont tombées sur la retransmission à la radio des interviews d’Alfred Hitchcock par François Truffaut. Interviews qui, datant de 1962 et s’échelonnant dans leur globalité sur 52 heures, ont donné naissance au fameux livre « Hitchcock / Truffaut » (1966).

Hitchcock / Truffaut

« Hitchcock / Truffaut » (1966)

Analyse tout en subtilité des choix hitchcockiens, de la mise en scène, des personnages… François Truffaut incite Alfred Hitchcock à revenir lui-même son travail, film après film, et à le décrypter.

L’échange entre les deux hommes est si prolixe qu’il en devient envoûtant : les deux cinéastes se renvoient la balle en anglais pour l’un et en français pour l’autre, par l’intermédiaire de la traductrice Helen Scott qui entre elle-même peu à peu dans le jeu. Hitchcock en vient même jusqu’à donner à Truffaut des idées de mise en scène et de réalisation pour ses films passés (Les 400 Coups, 1959) ou à venir (La Nuit Américaine, 1973).

Truffaut met la truffe dans toutes les magouilles hitchcockiennes pour mieux les disséquer. Le mystérieux profil de « Monsieur Hitchcock » se désépaissit.

Au travers de la voix grave et rocailleuse d’Hitchcock résonne mieux toute l’intensité de son personnage, et de son œuvre.

« Dans 9 films sur 10, ou dans 40 sur 50, vous avez montré des personnages entre qui se crée un fossé, parce qu’ils avaient un secret qu’ils s’obstinaient à ne pas se révéler l’un à l’autre. L’ambiance était de plus en plus oppressante jusqu’à ce qu’ils se décident à s’expliquer, ce qui leur permettait de se libérer. Vous reconnaissez vos films ?

- Yes, it’s true.

- C’est-à-dire que finalement, vous vous êtes surtout intéressé à vous abriter derrière une histoire de caractère policier à filmer des dilemmes moraux.

- Sure, that’s right.

- Ce sera ma conclusion. »

C’est comme « a cookbook full of recipes for making films » (un livre de cuisine plein de recettes pour faire des films) – dit François Truffaut en rendant hommage à Hitchcock, plusieurs années plus tard.

A écouter la nuit, dans son lit, les lumières éteintes : trombonheur.free.fr/Hitchcock-Truffaut/.

Cookinouille

Dans Magouille le 25 septembre 2009 à 08:37

J’aime beaucoup aller au ciné. Mais je n’y vais guère plus. Vous trouvez que c’est drôle d’aller au ciné, vous, aujourd’hui ? Moi non.

Les poissons dopés aux antidépresseurs et aux anxiolytiques dans les rivières, je trouve que les cinéastes ne s’en préoccupent pas beaucoup. Fort dommage.

Pour les poissons, et pour nous.

Aujourd’hui, si vous décidez d’aller au ciné pour jouir d’un moment de légèreté et de distraction qui vous aiderait à buller dans la vie comme un poisson dans un lac, et bien vous pouvez vous brosser les écailles ! A l’affiche souvent peu de films de la sorte – mises à part les comédies naïves et irritantes qui vous font encore plus regretter d’être d’humeur triste et en demande d’histoires câlines… La tristesse abêtit.

Dimanche, une amie me dit : ciné ? Je réponds par l’affirmative.

Julie&Julia

Direction : Gaumont Opéra, pour voir « Julie & Julia », film réalisé par Nora Ephron, et avec Amy Adams et Meryl Strip qui – pour changer – joue la gentille !

Gourde que je suis, je sens le film bidon, mais y cours quand même.

Parmi les fauteuils rouges, que des perruques grises qui dépassent. On se croirait dans un carnaval vénitien. Sauf que, manifestement, le potentiel vendangeur masqué qui pourrait se dévoiler à moi se déguise encore à ma vue, car là, je ne vois vraiment autour de moi que des gens bénéficiant du tarif senior.

Mauvais cru ou séance « cure de Jouvence » ? Le désespoir ne conduit pas aux sources d’espoir les plus évidentes…

Le film commence.

Deux « histoires vraies » entrelacées.

"My life in France", by Julia Child and Alex Prud'homme (Knopf, 2006)

"My life in France", biographie de Julia Child, écrite par Julia Child, avec Alex Prud'homme (Knopf, 2006)

D’un côté, celle de Julia Child, une Américaine qui, découvrant Paris, se prend de passion pour la cuisine française et l’importe aux Etats-Unis via son livre « Mastering the Art of the French Cooking » (1961). Ce personnage cocasse, Meryl Strip s’en empare très bien en l’habillant d’allures comico-extravagantes.

De l’autre, celle de Julie Powell qui, parce qu’elle manque de challenges au quotidien, se fixe un objectif « délirant » (!) : celui de réaliser en 365 jours les 524 recettes du fameux bouquin de cuisine du Chef Julia Child, et de raconter ses expériences sur son blog, aujourd’hui toujours en ligne.

La recette prend plutôt bien grâce à Meryl Streep qui n’a pas cherché à cosmétiser son personnage, et s’essaye à calquer avec fidélité l’identité de Julia Child. Le couple passionné et construit qu’elle forme à l’écran avec Stanley Tucci, qui joue son mari Paul, est étonnant et intéressant. Deux grands enfants qui se complètent dans leur amour lui-même complet !

On sourit et on s’ennuie. Le tout est léger comme un blanc d’œuf monté en neige, et long comme la cuisson d’un poulet fermier…

Quand on sort, on a la coquinerie d’avoir volé dans la bonbonnière de sa grand-mère une sucrerie amollissant le neurone. C’est sympa, mais ça a un drôle de goût quand même…

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