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Melancholia

Dans Magouille le 25 janvier 2012 à 00:44

Enfin ! Il m’est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres !

Le Spleen de Paris, Charles Baudelaire (1864)

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Film du suédois Lars Von Trier (2011), Melancholia dépeint la plongée dans un mutisme mélancolique de Justine, jeune femme qui jette aux oubliettes mariage et boulot, alors que guette autour de la planète une énigmatique étoile rouge.

Entre onirisme et surréalisme, l’histoire se dédouble en deux volets. L’un consacré à Justine (Kristen Dunst) et à son mariage funeste. L’autre à Claire (Charlotte Gainsbourg), sa soeur à la personnalité raisonnée et nettement moins lunaire, mais qui se déboussolera tout autant face à l’imminence de l’Apocalypse.

Le tempo lent n’embarque pas naturellement dans l’univers introverti et diffus que construit Lars Von Trier. Les divagations “caméra à l’épaule” et les dialogues décousus (pour ne pas dire ses longueurs) sont certes des partis pris pour exprimer l’état dépressif de l’héroïne. Mais il faut vraiment faire l’effort de se mettre en disposition pour “rentrer” dans le film. Heureusement, l’intrigue pesante et les effusions esthétiques sont là pour séduire. Et la toile se laisse plus volontiers apprécier une fois finie, quand l’heure vient au décorticage de ses significations et symboles.

A lire, avant et/ou après visionnage : une analyse intéressante du “sens caché de Melancholia” sur le blog Equinox, mais aussi les critiques du Monde et des Inrocks.

Et s’il n’y avait qu’un seul passage à (re)garder, ce serait bien celui de la (longuette) introduction, série de “tableaux” sur le prélude de Tristan et Iseult de Wagner :

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Quand la danse se fait dense

Dans Magouille le 10 octobre 2010 à 19:15

Qu’est-ce que la danse contemporaine ?

Aliénation des corps ou des esprits ? L’on ne sait plus. Les repères se floutent ; les balises se biffent. Les corps donnent à la danse ce que la danse donne aux esprits. Avec force, rigueur, mais surtout hardiesse, les mouvements se créent pour agiter les idées.

Flexion, réflexion !

C’est en tout cas ce que m’a encore confirmé le dernier ballet d’Angelin Prejlocaj : “Suivront mille ans de calme”, une fresque mobile de l’Apocalypse. En ce moment, jusqu’au 22 octobre au Théâtre de Chaillot, à Paris. Dix danseurs du Bolchoï, onze du ballet de Prejlocaj, de l’electro de Laurent Garnier, quelques sonates… Et on touille !

Génialissime, la tambouille.

Pas évident de trouver dans la création du tout une osmose de la cohérence. Mais en croquant en opportuniste un tas de friandises furtives, les neurones carburent à plein régime. Interrogations existentielles, débats sociétaux, problématiques politiques, legs religieux… toutes les petites questions se mêlent aux plus grandes. Et v’là que se forme un gloubi-boulga des plus médusants !

On ne décrit pas du Prejlocaj. On le décrie, peut-être. Ou on l’encense. Mais difficile de déchiffrer – et encore plus de fixer à jamais – les arabesques des corps et leurs volutes métaphoriques. Ne reste que l’impression. Suivant puissante ! Agacement, écœurement, rejet pour certains… Stupéfaction, ébahissement, fascination pour d’autres…

La danse se fait dense. Le mystère s’épaissit… Et vous laisse pantois.

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Par ici, pour un aperçu :

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=28180

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L’An Esthésie

Dans Magouille le 10 avril 2010 à 16:51

Au Mexique, le Jour des Morts (“el Día de los Muertos”, du 1er au 2 novembre) se fête de manière chamarrée et marrante. Les vivants décorent et illuminent les tombes de leurs défunts. Ils passent les chansons préférées de leurs parents de l’au-delà, et leur apportent offrandes en tout genre : des bonbons à la tequila. Même pas peur de la mort ! Faut se régaler !

Cet us et coutume remet bien en question la façon dont nous, ici, nous nous usons sous le joug régalien de coutumes bien moins festives.

Contrôle, auto-contrôle, rétro-contrôle, rétro-analyse, prévision, anticipation, adaptation, application, maîtrise, conformation. Le produit est beau et lisse ? Etanchement bien préservé dans son emballage plastique ? De longue conservation grâce à des adjuvants synthétiques ? C’est bien. Validation, normalisation, homologation. C’est bien comme ça. Faut surtout plus changer. Ne rien transformer. Ne rien transgresser.

Le cliché est facile. Mais c’est tout de même marquant de voir comme l’on se croise, on se recroise, on se toise, sans surtout pas trop s’entrecroiser dans les métros parisiens. Des quinconces de momies quelconques qui s’ignorent. Tout est javellisé, stérilisé. Comme s’il y avait eu un jour une explosion atomique ayant irradié toutes nos richesses intérieures. Conformation.

De maigrelettes vigueurs inorganisées veulent parfois sourdre du fin fond de nous-mêmes. Mais faut maîtriser. Respecter la marge et bien revenir à la ligne si l’on ne veut pas d’annotations en rouge. Le “trop” n’est accepté que quand il est affichage, légal, réglementaire. Mais, en action, il est loin d’être acté. Faut surtout pas de faux pas sur le vil fil. Entre les extrêmes qui fauchent, l’esprit vacille, puis va vers le faux.

Ne pas trop déranger, ne pas trop exagérer, ne pas trop angoisser, ne pas trop pleurer, ne pas trop rire, ne pas trop penser, ne pas trop aimer. En posture d’équilibriste, nos membres s’engourdissent. Pour mieux résister, l’on se porte à l’anesthésie. Le masque fige le visage. La carapace fige le corps. La conformation est faite. Harakiri.

Mais une nouvelle ère peut s’ouvrir.

Et pour cela, la résolution doit être ferme. Il faut décréter l’An Esthésie. C’est l’antidote nécessaire : inscrire à l’almanach l’esthésie, cette capacité à faire jouer ses sens, jouir de sa sensibilité, vivre ses émotions, voir le réel et admirer l’invisible.

Retrouver le rêve, la magie et l’imagination.

Nous re-router hors routine.

Recolorier nos crânes vides.

Rêvasser pour, surtout, pas crevasser.

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