Magouille

Archive pour la catégorie ‘Magouille’

Fou feu

Dans Magouille le 12 février 2012 à 19:31

Il

nous

a fait

passer du

cru au

cuit.

Il fait parfois chauffer les lacs. A la Saint-Jean, des singes l’enjambent. Et quand un scorpion en sort, l’animal attaque celui qui l’a sauvé.

Il couve. Il éclate. “Il brille au paradis et brûle en enfer”, énonce Gaston B.

On le tisonne, mais on ne l’apprivoise pas. Il donnerait des volées au bois vert. Et il a tué la chandelle d’une comptine lunaire.

La fumée est sa “rêverie”, comme dirait joliment Jules Renard. En même temps, sans lui, il n’y aurait pas de fumée. Donc il rêve. CQFD. Et en le volant, Prométhée ne nous a pas seulement apporté la connaissance. Il nous a aussi apporté le rêve. CQFD (bis). Grâce au feu, nous pouvons rêver. Et c’est pourquoi nous rêvons du feu. CQFD (ter).

On lui attribue moult symboles et mythes. Gaston B. (encore lui) l’a même psychanalysé.

S’il détruit, il n’en a pas moins construit des civilisations entières. Forgé des rites. Fomenté des passions. Fondé des religions. En Inde, les Parsis le vénèrent à tel point qu’ils refusent la crémation pratiquée par les hindous, pour ne pas le souiller.

On le fout n’importe où et il fait des malheurs. D’artifices, il extasie. Il supplicie quand il fait sacrément magouiller.

Tantôt follet, folichon ou folklorique, le feu nous fait faire des trucs fous.

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Crois-je ?

Dans Magouille le 8 février 2012 à 22:42

Parfois, je dois l’avouer. Je sous-ris.

Le monde est si désespérant qu’il en devient drôle. Ou l’inverse.

Perception ou réalité ? Bien sûr, selon qu’on est utopiste ou cynique, la réponse variera. Parfois, il suffit que nos propres convictions vacillent, et la réponse se veut moins sûre. “En quoi croire ? Et pourquoi ?”

On cherche la réponse ailleurs. Chez les sages.

On chasse les “sachants”. Le doigt tombe alors sur la tranche d’un livre qui a vécu, écrit par quelqu’un qui a vu : Ce que je crois, d’André Maurois.

On lit et il nous dit :

Le monde extérieur est amoral, mais rien n’empêche l’homme de créer son monde et d’y observer les règles qui lui donneront la paix du cœur et le sentiment de sa dignité, par un accord permanent avec lui-même et avec les autres hommes qu’il estime. (…) L’effort de l’homme pour créer son monde, sûr et stable, au milieu de tant d’orages aveugles, est beau. Il réussit quelquefois, pour un temps ; il échoue plus souvent. (…) L’art est un effort pour créer, à côté du monde réel, un monde plus humain. (…) Je crois qu’un artiste, en créant un monde neuf, sauve à la fois lui-même et les autres.

Leçon du soir, donc : créer offre matière à croire. En voilà, un espoir !

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Melancholia

Dans Magouille le 25 janvier 2012 à 00:44

Enfin ! Il m’est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres !

Le Spleen de Paris, Charles Baudelaire (1864)

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Film du suédois Lars Von Trier (2011), Melancholia dépeint la plongée dans un mutisme mélancolique de Justine, jeune femme qui jette aux oubliettes mariage et boulot, alors que guette autour de la planète une énigmatique étoile rouge.

Entre onirisme et surréalisme, l’histoire se dédouble en deux volets. L’un consacré à Justine (Kristen Dunst) et à son mariage funeste. L’autre à Claire (Charlotte Gainsbourg), sa soeur à la personnalité raisonnée et nettement moins lunaire, mais qui se déboussolera tout autant face à l’imminence de l’Apocalypse.

Le tempo lent n’embarque pas naturellement dans l’univers introverti et diffus que construit Lars Von Trier. Les divagations “caméra à l’épaule” et les dialogues décousus (pour ne pas dire ses longueurs) sont certes des partis pris pour exprimer l’état dépressif de l’héroïne. Mais il faut vraiment faire l’effort de se mettre en disposition pour “rentrer” dans le film. Heureusement, l’intrigue pesante et les effusions esthétiques sont là pour séduire. Et la toile se laisse plus volontiers apprécier une fois finie, quand l’heure vient au décorticage de ses significations et symboles.

A lire, avant et/ou après visionnage : une analyse intéressante du “sens caché de Melancholia” sur le blog Equinox, mais aussi les critiques du Monde et des Inrocks.

Et s’il n’y avait qu’un seul passage à (re)garder, ce serait bien celui de la (longuette) introduction, série de “tableaux” sur le prélude de Tristan et Iseult de Wagner :

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